Le Balintawak Eskrima(*) n’est pas né dans une salle d’entraînement, ni dans un dojo officiel. Il est né dans la rue, dans les ruelles étroites de Cebu, là où les hommes apprenaient à se défendre avant même d’apprendre à parler de « style » ou de « système ». À cette époque, l’eskrima n’était pas une discipline sportive : c’était un langage de survie. (* https://en.wikipedia.org/wiki/Balintawak_Eskrima)
🌆 Cebu(*) dans les années 1950 : un carrefour vivant et dangereux
Après la Seconde Guerre mondiale, Cebu est une ville en reconstruction. Les marchés débordent, les ports s’animent, et les quartiers populaires sont des lieux où l’on règle les conflits aussi vite qu’ils apparaissent. Dans ce contexte, les maîtres d’armes ne sont pas des professeurs au sens moderne : ce sont des hommes respectés, parfois craints, dont la réputation se construit dans la rue.
C’est dans cette atmosphère que Venancio “Anciong” Bacon se distingue. Petit, discret, mais redoutablement efficace, il n’a rien du guerrier imposant. Son talent repose sur autre chose : la précision, la lecture du mouvement, et une économie d’énergie presque chirurgicale. (* https://fr.wikipedia.org/wiki/Cebu_(ville))
🪵 La rupture avec Doce Pares(*) : une question de vision
Anciong Bacon est d’abord membre du célèbre club Doce Pares, mais il s’en éloigne. Non pas par conflit personnel, mais parce qu’il veut préserver une manière de combattre plus directe, plus dépouillée, plus proche de la réalité des affrontements.
Il refuse les longues chorégraphies, les séquences trop codifiées. Pour lui, un art de combat doit rester vivant, réactif, adapté à l’imprévu.
C’est ainsi qu’il fonde un petit groupe d’entraînement dans une ruelle appelée Balintawak Street. Le nom du style vient de là : un lieu modeste, presque anonyme, mais qui deviendra un symbole. (* https://en.wikipedia.org/wiki/Doce_Pares)
🥢 Un style façonné par la proximité
Le Balintawak se développe autour d’une idée simple :
« À courte distance, il n’y a pas de place pour les illusions. »
Les entraînements se font un contre un, très proches, presque collés. Pas de grandes distances, pas de mouvements larges :
- des déviations millimétrées
- des contre-attaques instantanées
- un jeu de feintes et de pièges
- une lecture du corps de l’adversaire comme un livre ouvert
Le bâton n’est qu’un prolongement du bras. Le vrai travail se fait dans le timing, la pression, la sensibilité du contact.
👥 Une transmission intime
Contrairement à d’autres styles qui se structurent en écoles, en grades, en démonstrations publiques, le Balintawak se transmet presque comme un secret. Chaque élève est formé individuellement, dans une relation très proche avec le maître.
Cette approche crée des pratiquants très différents les uns des autres : le style n’est pas une forme figée, mais une logique, une manière de penser le combat.
🌍 De Cebu au monde
Avec le temps, les élèves d’Anciong Bacon — Teofilo Velez, Bobby Taboada, Nick Elizar, et d’autres — diffusent le Balintawak hors des Philippines. Chacun y apporte sa sensibilité, son interprétation, parfois sa propre structure pédagogique.
Le résultat est un art qui s’est internationalisé sans perdre son essence : un système simple en apparence, mais profondement subtil, où chaque geste compte.
🔥 L’esprit du Balintawak aujourd’hui
Le Balintawak n’est pas seulement un style de combat. C’est une philosophie :
- Réduire le superflu
- Aller à l’essentiel
- Réagir avant d’être dépassé
- Comprendre l’autre avant qu’il ne vous touche
C’est un art qui ne cherche pas à impressionner, mais à fonctionner. Un art né dans une ruelle, façonné par la nécessité, et transmis avec une intensité presque familiale.
